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Le dossier le plus lourd

Se réassurer après une fausse déclaration

C'est la seule situation où l'assuré peut se retrouver sans contrat, sans indemnité et débiteur de sommes considérables. Tout se joue sur une question : la déclaration inexacte était-elle intentionnelle ? Selon la réponse, le Code des assurances applique deux régimes radicalement différents — la nullité ou la réduction proportionnelle.

Deux régimes, deux mondes

La fausse déclaration intentionnelle suppose que l'assureur démontre votre mauvaise foi : avoir tu un malus, un antécédent de résiliation, une suspension de permis ou l'identité du conducteur habituel du véhicule, en sachant que l'information aurait changé son appréciation du risque. La sanction de l'article L113-8 est la nullité du contrat : celui-ci est réputé n'avoir jamais existé, les primes déjà versées restent acquises à l'assureur, et celles échues lui sont dues à titre de dommages et intérêts. Aucune indemnité n'est due, et celles déjà versées sont répétées.

La déclaration inexacte non intentionnelle — une erreur de date, un kilométrage sous-évalué de bonne foi, un lieu de stationnement mal qualifié — relève de l'article L113-9. Découverte avant tout sinistre, elle donne à l'assureur le choix entre maintenir le contrat moyennant une augmentation de prime que vous acceptez, ou le résilier dix jours après notification en remboursant la portion de prime non courue. Découverte après un sinistre, elle déclenche la règle proportionnelle de prime : l'indemnité est réduite dans le rapport entre la prime payée et celle qui aurait été due.

Le calcul est mécanique. Prime payée 500 €, prime qui aurait été due 800 € : l'indemnité est ramenée à 62,5 % de son montant. Sur un dommage de 12 000 €, vous percevez 7 500 € et supportez 4 500 €. Aucun plafond, aucune tolérance : le rapport s'applique tel quel, y compris sur un sinistre sans lien avec l'élément mal déclaré.

CritèreIntentionnelle (L113-8)Non intentionnelle (L113-9)
Sort du contratNul, rétroactivementMaintenu ou résilié sous 10 jours
Primes verséesAcquises à l'assureurPortion non courue remboursée
Indemnisation du sinistreAucuneRéduite proportionnellement
Charge de la preuveSur l'assureurSur l'assureur
Indemnisation des victimesAssurée, avec recours contre vousAssurée intégralement

Les solutions, de la moins chère à la plus sûre

  1. Contester si l'intention n'est pas établie — La frontière entre les deux régimes est un enjeu financier majeur, et elle se discute. L'assureur doit prouver la mauvaise foi et démontrer que la question posée était claire et précise ; une question ambiguë ou un questionnaire pré-rempli par un intermédiaire affaiblissent sa position. La contestation écrite auprès du service réclamations, puis la saisine gratuite du médiateur de l'assurance, ne coûtent rien.
  2. Régulariser avant tout sinistre — Si l'inexactitude est découverte de votre côté, signalez-la spontanément par écrit. Hors intention frauduleuse, l'assureur ne peut alors que proposer une augmentation de prime ou résilier avec préavis : vous évitez la règle proportionnelle, qui ne s'applique qu'aux sinistres survenus sous déclaration erronée.
  3. Repartir sur un questionnaire complet — Pour la nouvelle souscription, remplissez vous-même le questionnaire, conservez-en une copie et joignez d'emblée le relevé d'information ainsi que la lettre de résiliation. Un dossier transparent se tarife cher ; un dossier incomplet se tarife encore plus cher ou se retourne contre vous au premier sinistre.
  4. Passer par un courtier spécialisé — Sur ce motif, les souscriptions automatisées rejettent quasi systématiquement. Les courtiers en risques aggravés savent quelles compagnies acceptent d'instruire, moyennant une surprime et souvent un paiement annuel. Prévoyez des frais de dossier et vérifiez l'étendue réelle des garanties, souvent limitées au tiers la première année.
  5. Saisir le Bureau central de tarification — Le droit à l'assurance obligatoire subsiste quel que soit le motif de résiliation. Après deux refus, ou un refus resté sans réponse pendant quinze jours, la saisine se fait par lettre recommandée avec accusé de réception dans les quinze jours. Le BCT fixe la prime de la seule responsabilité civile : les dommages à votre véhicule restent à votre charge.

Tarifs constatés après ce motif

Estimations pour une formule au tiers sur une citadine d'occasion. Les écarts observés relèvent de la politique de souscription de chaque compagnie : aucun texte n'impose ni ne plafonne de majoration pour ce motif.

SituationPrime annuelle estiméeAcceptation
Inexactitude non intentionnelle régularisée700 – 1 000 €Assez large
Résiliation pour fausse déclaration, sans sinistre1 000 – 1 600 €Courtiers et réseaux d'agents
Nullité prononcée après un sinistre1 500 – 2 500 €Courtiers spécialisés
Refus généralisésTarif fixé par le BCTResponsabilité civile seule

À ces montants s'ajoute, le cas échéant, le recours de l'ancien assureur. C'est le poste le plus lourd et le plus sous-estimé : sur un accident corporel, les sommes réclamées se comptent en dizaines voire en centaines de milliers d'euros, sans commune mesure avec l'économie de prime qui était recherchée. Les autres situations de tarification aggravée, moins pénalisantes, sont recensées sur le hub des profils particuliers.

Les pièges spécifiques

Le conducteur principal de complaisance. Déclarer un parent comme conducteur principal d'un véhicule utilisé par un jeune conducteur est le cas le plus fréquemment sanctionné, et il est facile à établir après un accident : lieu de l'accident, horaires, témoignages, adresse de stationnement. La qualification retenue est presque toujours l'intention.

Le silence en cours de contrat. L'obligation ne s'arrête pas à la souscription : une suspension de permis, un changement d'usage vers le professionnel ou un déménagement modifiant la zone de stationnement doivent être signalés dans les quinze jours. Le manquement s'analyse comme une fausse déclaration.

Ce qui suit le dossier

Les antécédents circulent. Les assureurs participent à des dispositifs professionnels de lutte contre la fraude, gérés notamment par l'AGIRA, qui permettent de recouper les informations déclarées. Les durées de conservation relèvent du cadre applicable aux traitements de données ; en pratique, un antécédent de ce type pèse plusieurs années sur l'acceptation.

La nullité n'efface pas la dette. Le contrat annulé ne libère de rien : primes échues dues, indemnités déjà perçues à restituer, et recours de l'assureur au titre des sommes versées aux victimes.

Bon à savoir : les motifs de résiliation ne se valent pas. Un dossier résilié pour non-paiement ou résilié après sinistres se replace nettement plus facilement, et à un tarif inférieur, qu'un dossier portant la mention d'une fausse déclaration.

Questions fréquentes

Quelle différence entre nullité du contrat et réduction de l'indemnité ?

Tout tient au caractère intentionnel. Une réticence ou une fausse déclaration intentionnelle entraîne la nullité du contrat au titre de l'article L113-8 : il est réputé n'avoir jamais existé et les primes versées restent acquises à l'assureur. Une déclaration inexacte sans mauvaise foi relève de l'article L113-9 : le contrat survit, mais l'indemnité est réduite proportionnellement à l'écart entre la prime payée et celle qui aurait été due.

Les victimes de l'accident sont-elles indemnisées si mon contrat est annulé ?

Oui. En assurance automobile, la nullité du contrat n'est pas opposable aux victimes ni à leurs ayants droit : l'assureur doit les indemniser, en application de l'article L211-7-1 du Code des assurances. Il exerce ensuite un recours contre le souscripteur pour récupérer les sommes versées, qui peuvent être considérables en cas de dommage corporel.

Peut-on encore s'assurer après une nullité pour fausse déclaration ?

Oui, mais le dossier est le plus difficile du marché et beaucoup d'assureurs refusent d'emblée. La voie réaliste passe par un courtier spécialisé en risques aggravés, avec une déclaration complète et un paiement annuel. En cas de refus répétés, le Bureau central de tarification peut être saisi après deux refus et impose un assureur pour la seule responsabilité civile.